Médecins : trois gardes en Tarn-sud et LauragaisCASTRES-MAZAMET MONTAGNE REVEL Réunion assez tendue lundi 30 janvier à Castres, en présence des médecins du secteur, pour remodeler les gardes
«Que ce soit dans le Nord, l’Ouest ou le Sud du département, on est confrontés au même problème avec des villes qui n’ont pas de problème de démographie médicale, Lavaur, Albi, Castres, même si dans cinq ans, ils seront un tiers de moins, et des campagnes en situation critique qui crient au secours. »
A l’issue de la réunion du lundi 30 janvier dernier qui se tenait à La Villégiale à Castres avec tous les médecins du secteur Castres-Mazamet-Montagne-Revel pour présenter un projet de redécoupage du secteur des gardes médicales pour la nuit profonde, le constat d’Etienne Moulin, président du Conseil de l’ordre des médecins du Tarn, était celui-là. Pourtant, malgré tout, ce dernier est confiant : à force de pédagogie et d’explication, il est persuadé que le message va passer. Et que les médecins entendront raison. D’autant plus que l’Agence régionale de santé (ARS) qui pilote la réorganisation des gardes médicales avec les médecins, assure une enveloppe annuelle confortable, qui ne diminue que de 5% par rapport au budget 2011, pour mettre en place ce dispositif. « On n’est pas en situation de crise pour le moment, donc on devrait y arriver. »
Sous l’égide donc de l’ARS et concocté par les médecins responsables de secteurs lors de la réunion du 16 janvier à Pont-de-l’Arn, le nouveau découpage des gardes médicales expliqué aux médecins sud-tarnais propose en effet de passer à trois gardes fixes sur ce vaste secteur au lieu des dix-sept actuelles. Pour les nuits profondes, c’est-à-dire passé minuit, il y aurait une garde fixe en Montagne, à Lacaune-lès-Bains, une autre à Revel, et une troisième à l’hôpital de Castres-Mazamet, dans une future maison médicale à élaborer. Avec, en sus, trois médecins « voltigeurs » qui iraient faire les visites aux domiciles des patients.
Jusqu’au-boutistes
Si les deux points de gardes fixes à Lacaune et à Revel font consensus, c’est sur le chapitre d’une maison médicale basée à l’hôpital qu’une partie des médecins castrais achoppe et s’est montrée particulièrement virulente lundi soir dernier. Acceptant, par exemple, que Vielmur, Sémalens, soient rattachés à leur secteur mais refusant d’aller y faire des visites. Selon le docteur mazamétain Jean-Luc Régis, président de MG 81 et délégué régional de MGF, également présent à la réunion, « ils ne veulent pas bouger et rester dans leur cabinet ». « On finira par faire la maison médicale sans eux et ils nous rejoindront quand ils ne seront plus assez nombreux », continue le syndicaliste mazamétain, pas tout à fait satisfait de la réunion à cause précisément de ces « jusqu’au-boutistes ».
Consciente qu’il faudra du temps, qu’il ne faut rien précipiter et que cela ne se fera pas du jour au lendemain, la révision des secteurs de garde pour le bassin sud-tarnais, un temps prévu par l’ARS pour le 1er avril 2012, a été repoussé à octobre 2012. Reste à savoir si, par rapport à leurs collègues des secteurs Nord et Ouest largement en retard pour l’organisation de ces réunions, les sud-tarnais conserveront leur avance.
Sophie Charlier
Pour une regulation régionale
Ils sont plus d’un comme le docteur Jean-Luc Régis à militer par ailleurs pour une régulation régionale mutualisée pour la journée et pour la nuit avec un numéro unique dédié nationalement aux urgences de nuit. Actuellement, le Tarn est divisé en deux : l’Armel régule le Tarn sud et Albi le Tarn nord.
VABRE
Lucienne, sauvée par une infirmière retraitée
Le problème des gardes est déjà important pour les villages de la Montagne. Ainsi, Vabre est relié à Lacrouzette, St-Pierre, Montredon et Roquecourbe, et le médecin de garde peut avoir du mal à couvrir cette étendue. « Il est souvent plus rapide d’aller aux urgences que de consulter le médecin », explique Nadia Piriou, pharmacienne de Vabre.
Agrandir ce territoire ne sera donc a priori attractif que pour les médecins.
Lucienne Cals a eu un malaise l’hiver dernier : « c’était un dimanche. C’est la voisine, infirmière retraitée, qui est venue faire les démarches auprès des services hospitaliers de consultation au téléphone. Elle a dû insister pour qu’ils acceptent d’envoyer le médecin, et rappeler deux fois. Si elle n’avait pas été là, on ne s’en serait pas sortis », explique-t-elle.
La population est plutôt âgée dans les montagnes, et ce problème de garde soulève encore une fois la question du manque de médecins, qui lui, ne date pas d’hier. « Dans les années 1890, après le départ de Jules Fuzier, le canton est resté plus de 2 ans sans docteur, et ceux des villages alentours ne voulaient pas venir. Il a fallu que le maire alloue une somme de 600 Francs pour qu’un praticien se décide à venir s’installer, ce qui régla le problème pour quelques décennies », indique Guy, son époux.
Chantal Laglasse